l'enseignement primaire à Chilly jusqu'en 1959

Par Marius DUBOIS Ancien Maire

A plusieurs reprises différentes personnes m'ont demandé des renseignements sur l'instruction primaire à CHILLY dès ses débuts. Pour répondre à ce désir, j'abandonnerai ma chronique habituelle dans ce Bulletin Municipal pour me consacrer à ce sujet.

L'instruction primaire en Savoie avant l'annexion.

Ce ne devait guère être un sujet de conversation dans le peuple au temps où nous dépendions de « l'Empereur à la barbe fleurie », lequel selon la légende mettait les bons  élèves à sa droite pour les féliciter et les autres à sa gauche pour les admonester.

Pendant tout le Moyen-âge et jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, il n'y avait guère que les curés, nous disent les chroniques, qui tenaient des classes pour le peuple dans les presbytères, mais peu d'enfants y assistaient bien souvent de façon irrégulière, mais aussi les connaissances acquises étaient-elles rudimentaires. Dans les anciens registres d'état-civil les rares signatures qui y figurent sont parfois tracées d'une main malhabile.

En 1793 la Convention essaya d'ouvrir des écoles dans les localités d'au moins 400 habitants, puis porta ce nombre à 1 000 habitants en brumaire, an III (novembre 1794) « sans que les écoles primaires se formassent d'une façon satisfaisante. Sous le Directoire dans les quelques écoles primaires s'étaient créées les instituteurs étaient nommés par le Maire et logés par la commune, les parents les rétribuaient.

Sous le Premier Empire l'instruction était surtout donnée par les Frères des Ecoles Chrétiennes.  En Haute Savoie, après la Restauration sarde (1814-1815) l'enseignement primaire n'était assuré que dans une faible mesure par des maîtres ayant autorisation délivrée par l'évêque d'Annecy. « Dans la province de Carouge- à peu près notre arrondissement actuel de Saint Julien- il n'existait que 16 écoles de garçons ne fonctionnant régulièrement que pendant l'hiver et fréquentées que par un nombre restreint d'élèves dont les parents pouvaient payer une rétribution...Il n'existait aucune école de filles. » (Folliet et Duval)

En 1948, le gouvernement sarde pris des mesures en faveur de l'enseignement primaire, mais en en laissant la charge aux communes. Ces mesures portèrent leurs fruits puisque douze ans plus tard, au moment de l'Annexion en 1860 il y avait en Haute Savoie 320 écoles de garçons et 277 de filles.

Cependant 168 communes n'en avaient encore pas.

 

L'instruction primaire à CHILLY avant la construction de la première école.

En septembre 1823, répondant à une enquête administrative, le conseil communal de CHILLY déclare qu'il n'y a dans la commune aucune école publique particulière et aucun revenu pour faire face aux dépenses qu'exigerait l'enseignement, ni local pour loger un instituteur, que le nombre d'enfants susceptibles de fréquenter une école est d'environ deux cents, que l'éloignement des hameaux et les mauvais chemins rendraient nécessaire la division de la commune en trois sections dans chacune desquelles serait établie une école, ce qui occasionnerait des frais considérables qui devraient être supportés par les parents des écoliers, ce qui n'est pas possible. Quelques années plus tard sur le même sujet le conseil admet qu'une école serait utile pour les garçons mais qu'il n'en voit pas la nécessité pour les filles. (!!)

En 1828, Henri BURNET de CHILLY prend l'initiative de donner des cours, le conseil lui accorde vingt livres (monnaie sarde) en décembre. Il ira ensuite enseigner à SAVIGNY. Sept ans après ce sera François PERRET, de CHILLY lui aussi qui tentera l'expérience, laquelle ne durera que six mois.

Vers 1840 le conseil communal ouvrit une école de garçons au chef-lieu dans un local loué ; elle ne fonctionnait guère que six mois par an, de novembre à mai.

Ce n'est qu'en 1847 que deux écoles primaires de garçons fonctionnant à peu près régulièrement furent créées à CHILLY grâce à un leg. En effet, une clause du testament de Philibert GAY, de MOUGNY, ancien syndic de la commune décédé le 28 janvier 1845 est ainsi conçue : « Je donne et lègue à la commune de CHILLY les bâtiments et terres que je possède à MOUGNY... que j'ai acquit de Dlle Thérèse de COUCY, plus un pré et champ que je possède à COUCY que j'ai acquit de Claude NEVEU dit lieu ; C'est à condition qu'il sera établi dans les dits bâtiments une école publique indépendante de celle qui se tient au chef-lieu de la commune, et que le revenu des dites terres sera employé à payer le traitement de l'instituteur.. qui sera chargé de l'enseignement, lequel pourra être logé dans les dits bâtiments.

C'est donc dans le bâtiment de MOUGNY que sera aménagée dès 1847 la première école de garçon de COUCY et MOUGNY, mais comme le légataire avait donné la jouissance de ce bâtiment à sa filleule, Marie LAVENAY durant son vivant, la commune lui payera un modeste loyer annuel de 10 livres.

Par une autre clause, il fait héritier de ses autres nombreux biens les pauvres de CHILLY, soit le Bureau de Bienfaisance, mais il prévoit qu'éventuellement la commune la commune pourra ainsi en disposer ;  Un tiers des revenus pour la scolarisation des enfants de COUCY et MOUGNY, garçons et filles, et les deux autres tiers pour tenir deux écoles publiques au chef lieu de la commune , dont l'une pour les garçons, l'autre pour les filles.

Le conseil communal profite de cette clause pour assurer en partie la gratuité à l'école du chef-lieu, ce qui gonflera ses effectifs et lui permettra de fonctionner 10 mois par an. Nous retrouvons alors Henri BURNET qui sera le premier « régent » de l'école ainsi transformée. En avril 1850 Joseph JANIN de SYON lui succédera.

En décembre, le conseil de la commune constate que le maître d'école du chef-lieu a sous sa direction soixante-quinze élèves et celui de l'école de MOUGNY quarante deux, que sur ce nombre quelques-uns appartiennent à des familles aisées qui ne doivent pas jouir des fonds destinés aux enfants pauvres. Ces fonds  comprennent  la fondation  GAY, 800 F et la somme de 100 F, portée au budget de la commune, mais comme il faut encore trouver 100 F. Le syndic, Lucien de COUCY, propose de répartir cette somme entre les familles les plus riches ; Les élèves sont donc divisés en trois catégories, la première comprend les enfants pauvres qui pourront fréquenter l'école sans payer aucune rétribution, la seconde les enfants qui appartiennent à des familles un peu plus aisées, lesquels seront soumis à une légère taxe à titre de minerval, et la troisième comprenant les riches dont les parents devront payer sans exception. (A l'origine, le mot minerval, désignait chez les romains, les présents que les enfants faisaient à leurs maîtres le XIV des calendes d'avril, le 19mars, jour de la fête de la déesse MINERVE.)

En 1851, les deux écoles étaient en partie dépourvues des bancs nécessaires »pour mettre les enfants à l'aise » ; Quatre furent placés dans chaque école, mais à MOUGNY » cette école ayant pris un grand développement ils ne peuvent plus contenir les enfants qui s'y rendent », un autre banc, don de personnes généreuses y sera établi.

Depuis 1850, le maître d'école de MOUGNY est Jean-Baptiste RONCHAIL, lequel marqua profondément la vie de la commune, né à USSEAUX, province de FENESTRELLE, il fut de 1857 à 1871, secrétaire de Mairie ; Il avait épousé en 1863 Claudine DUSONCHET, de MOUGNY qui lui donna cinq enfants dont Marie-Louis qui fut prêtre au diocèse de PARIS.

Le gouvernement sarde ayant destiné en mars 1852 quatre-vingt mille livres pour l'ouverture d'écoles primaires, le conseil communal de CHILLY prend le 11 avril la délibération suivante : « ... Considérant que la population de la commune s'élève au chiffre de quinze cent quarante deux habitants, selon le dernier recensement, que l'éloignement des hameaux de COUCY et MOUGNY... a été pris en considération pour l'établissement d'une école de garçons, laquelle comme celle établie au chef-lieu fonctionne grâce principalement à un leg, qu'il n'existe dans la commune aucune école de filles, ce qui est néanmoins d'une nécessité indispensable si dans la suite on veut avoir des mères de familles capables de diriger et administrer leur maison...(Le Conseil) recours au ministère de l'Instruction Publique aux fins d'obtenir les subsides dont cette commune est en droit de jouir eu égard à sa position pour l'établissement de deux écoles de filles. » Ces subsides accordés, l'école des filles du chef-lieu fut aménagée dans un local loué à Pierre TISSOT, dit GROU. L'école de garçons se tenait alors à NOVERY dans une salle louée à François BRECHET ; La location de ces locaux était de 32 F pour le premier et de 35 pour le second. L'école des filles occupa à COUCY un local provenant du leg GAY.

En novembre 1857, le conseil communal nomme instituteur au chef-lieu pour cinq ans, Antoine GORLIER, natif de SAUZE d'OULX, province de SUZE lequel «  muni de sa patente de régent », il remplace Louis ALBERT originaire BEULARY, dans la vallée d'OULX.

Cette année 1857, le conseil avait modifié le traitement accordé aux enseignants : au chef-lieu, Louis ALBERT, école de garçons-500 F, au lieu de 450 F. Dlle Péronne TRUFFET, « régente » des filles - 360 F. A MOUGNY, Monsieur RONCHAIL, école de garçons - 500 F au lieu de 4àà F. A COUCY, Dlle Clémence GODDET (de MENTHONNEX-SOUS-CLERMONT), école de filles - 300 F.

En approuvant ces conventions, l'Intendant général fait connaître que le Conseil Provincial d'Instruction, sur le rapport de l'instructeur des Ecoles est «... heureux de témoigner au Syndic (de COUCY) et au conseil communal toute la satisfaction que lui font éprouver ces initiatives d'améliorations annuelles dans les écoles (ce qui) mérite à cette importante commune et à sa sage administration, un des premiers rangs dans la province du GENEVOIS. » Précisément pour améliorer les conditions de travail, l'école du chef-lieu avait été pourvue de deux bancs-pupitres de 4 mètres, d'un tableau noir (il n'y en avait pas encore), et de plusieurs petit bancs, mobilier confectionné par Louis GAY, menuisier à FRANGY et reçu par Maurice CORBIER maître-charpentier à COUCY. D'autre part, les quatre écoles étant dépourvues de poële, le conseil avait décidé d'en acheter un à chacune «  afin d'éviter à la commune la dépense qu'elle fait pour en louer.

Une autre délibération du conseil nous apprend qu'en 1860 «  le nombre d'élèves des deux sexes qui ont fréquenté  les écoles est de 280 à 300, (...) Que les hameaux de COUCY et MOUGNY, auxquels se joignent pour l'instruction ceux de CURNILLEX, Chez CAGNOUX, CHAMARANDE et le VERNAY, forment presque la moitié de la population de la commune. »

En ­1861 d'importants travaux sont faits à l'école de MOUGNY par Jean PERNOUD, maître maçon dans ce hameau.

A une enquête administrative en 1862, le secrétaire de mairie répond que les écoles de garçons sont dirigées par des laïcs et celles des filles par des sœurs de la Croix (de CHAVANOD) ; Il ajoute :  «  tous remplissent leur fonction à la satisfaction de la peuple. »

Cette même année, en décembre, le conseil élève une vive protestation après la suppression par le Préfet  de la gratuité pour huit enfants de l'école de MOUGNY et de quatre de celle du chef-lieu : «  C'est réellement frustrer les pauvres de CHILLY de leur moyen d'instruction que de les exclure de l'admission gratuite à l'école. »

A l'école de COUCY un poële est remplacé en 1863 ; Il est payé avec le prix d'un noyer abattu par l'orage sur un terrain communal, et vendu 21 francs à François GAY, sabotier à CURNILLEX.

A une demande renseignement de l'autorité en décembre 1865 il est répondu que «  tous les enfants de 5 à 14ans fréquentent l'école, sauf quelques rares exceptions. Les cours d'adultes ont commencé d'ouvrir dans le courant de novembre ; L'école du chef-lieu compte déjà vingt élèves ; Celle de MOUGNY n'en compte point pour la raison que depuis seize ans que cette est dirigée par le même instituteur qui a su s'attirer par ses bons procédés et son dévouement l'estimes des pères de famille, ainsi que des enfants qui se sont plus à fréquenter régulièrement son école dès l'âge de cinq ans jusqu'à 14 et même 15 ans. »

L'instituteur au chef-lieu était alors Mathieu NICOLAS venu de CHEVRIER-EN-VUACHE en 1861, il était originaire des Vosges.

A l'école des filles de COUCY l'institutrice était une Dlle RAMBOSSON (sœur Joséphine). Comme il est question de la remplacer le maire écrit à la mère supérieure pour lui demander son maintien car « les enfants qu'elle a dirigé avec bonne volonté et sagesse, leurs parents, tout le monde s'est attaché à elle (aussi)... Je vous prie Madame, de vouloir bien nous conserver notre bonne institutrice. » Sœur Joséphine sera encore à CHILLY en 1869.

Cette même année (1869) il y avait à CHILLY un jeune instituteur dont le nom mérite tout particulièrement d'être tiré de l'oubli : Il s'appelait Jean RAMUS. Frappé de l'ignorance et de ces conséquences fâcheuses dont les domestiques de fermes, nombreux à CHILLY, étaient souvent victimes, il résolut de créer un cours d'adultes spécialement pour eux, et être le plus proche de ses futurs élèves il se fit lui-même domestique de ferme chez BALLEYDIER à la ferme de CHAMARANDE.L'autorisation d'ouvrir ce cours est demandé par le secrétaire de mairie à l'inspecteur le 5 novembre. Mais son patron fait opposition, d'où une nouvelle lettre à l'inspecteur le 25 du même mois : « il paraît qu'il n'est pas le cas d'autoriser l'ouverture de ce cours, attendu que M. BALLEYDIER dit que son domestique Monsieur RAMUS a besoin du repos de la nuit pour le travail du jour et que la classe ne peut être tenue dans son  « château » de CHAMARANDE. Ainsi l'initiative généreuse de Jean RAMUS n'eut malheureusement pas de suite.

 

Construction d'une école-mairie au chef-lieu.

On peut dire qu'en 1860 tous les enfants de CHILLY de plus de cinq ans étaient scolarisés, résultat dû en grande partie aux mesures prises par les municipalités depuis 1847, mais l'ambition du Maire Lucien de COUCY (après l'annexion, l'appellation de Maire avait remplacé celle de Syndic) était de doter la commune au chef-lieu d'un bâtiment comprenant une école de garçons, une de filles et une mairie. (Les séances du conseil se sont tenues pendant longtemps au presbytère et ensuite dans une pièce du château proche de l'Eglise ; Les archives étaient depuis la Révolution chez les secrétaires successifs). C'est le 16 juin 1861 que le conseil décida cette construction, ce fut aussi le début pour le maire d'une lutte de huit ans, au conseil municipal, avec les administrations, les architectes, les entrepreneurs et aussi avec des administrés.

L'architecte choisi sur proposition du sous-préfet est M. POMPEE. Un premier projet est rejeté parce que trop onéreux. Un second plan dressé à l'insu du maire est également repoussé parce que la construction est prévue dans le jardin du presbytère et que suivant ce plan la cure doit être démolie. Le 15 août 1862 le Maire fait connaître au conseil qu'il existe sur la place publique de CHILLY un immeuble qui lui paraît convenir et dont le propriétaire Marie GRILLON (dit MERCIER) consent à faire cession à la commune moyennant la somme de trois mille francs. Le conseil donne son accord et un plan est établi sur ce terrain à acquérir. Mais revirement du conseil au sujet de l'emplacement ; Dans un vote à bulletins secrets deux conseillers seulement approuvent ce choix, tandis que neufs demandent que le bâtiment soit construit au COLOMBIER, terrain appartenant à la commune, c'est-à-dire où l'école actuelle est construite. Nouveau plan sur ce terrain approuvé par le conseil, mais l'administration le juge insuffisant ; Le maire demande à l'architecte d'y apporter les modifications et additions demandées. C'est un nouveau plan que M. POMPEE établit et se montant à 27 000 F. Somme trop élevée pour les moyens de la commune et-est-il dit dans la délibération du conseil-« ...bien qu'il sut d'ailleurs que par décision du 10novembre 1863 Monsieur le Préfet avait déclaré qu'il refuserait de donner son approbation à tous nouveaux projets d'édifices communaux présentés par M. POMPEE, décision que le conseil ne connut que le 13 avril 1865 par lettre de Monsieur le sous-préfet. »

La commune abandonne donc cet architecte lequel la menace de l'assigner en justice si elle ne lui paye pas à bref délai la somme de 324 F qu'elle lui doit, mais comme il n'y a pas fonds disponibles le maire écrit au sous- Préfet en date du 3 juillet 1865 que »... pensant qu'il est plus urgent de se défaire (sic) de M.POMPEE que de préparer les murailles du cimetière, il désirerait employer les fonds portés au budget additionnel pour réparations au cimetière, à solder M. POMPEE »

Le nouvel architecte, M. THUILLARD, dressa un plan accepté par le conseil le 24 septembre 1866 et le lendemain » il fut transmis à Monsieur le sous-préfet et le 9 novembre à Monsieur le Préfet qui l'a communiqué à Monsieur l'Inspecteur d'Académie chez qui il est malheureusement encore », note le secrétaire. C'était le 18 février 1867, il y sera encore le 4 mars. Finalement, après de nombreuses démarches du maire en cours d'année, dont une audience demandée au Préfet en juin et à laquelle il se rendit en compagnie du curé et de l'adjoint, l'adjudication put enfin être donnée le 26 décembre. M. BILLARD entrepreneur de menuiserie à Annecy s'engageait à faire les travaux pour le prix de 17 000 F. Le 28 février 1868 avec l'accord du conseil il sous-traitait avec le sieur SOGNO, entrepreneur de maçonnerie.

La somme de 17 000 F serait constituée par :

-        Une subvention promise de 6000 F,

-        Un Emprunt de 4 000 F,

-        L'argent de la vente d'une vingtaine de parcelles de terrains communaux (environ 9 hectares) qui pourraient rapporter de 7 à 8 000 F.

Au sujet de cette vente des oppositions se firent jour. Au nom des habitants de MOUGNY le conseiller DE LAVENAY exige que l'on retranche de la vente un communal de 40ares proche du village, tandis que les habitants de FERRAZ contestent à la commune le droit de propriété pour une parcelle disant qu'elle appartient au village. La majorité du conseil passe outre ces oppositions. L'évaluation des parcelles pour la mise à prix aux enchères est faite par le sieur Mathieu DUSONCHET de MOUGNY.

La maison d'école est terminée en septembre 1868 ; La réception est faite le 13 décembre par l'agent-voyer de FRANGY, Bernard Louis PERRET en l'absence de l'architecte.

La municipalité et l'entrepreneur sont d'accord sur le montant des travaux (adjudication et imprévus) et leur bonne exécution, cependant le maire écrit au sous-préfet le 16 du mois : » il arrive que les écoles sont encore fermées, l'entrepreneur ne veut céder les clefs qu'à condition qu'il soit payé immédiatement et intégralement...Il lui reste  encore dû 2 000 F et le percepteur «  ne se trouve » (sic) plus d'argent pour lui acquitter cette somme. En sorte que la commune se trouve dans une triste position : Les écoles fermées, payer le logement des instituteurs institutrices ainsi que leur traitement, point de ressources pour solder les 2 000 F à l'entrepreneur ». Pour combler ce déficit un emprunt est autorisé par le Préfet, sur particulier, et les écoles pourront ouvrir au début de janvier 1869.

Le coût de la construction, tous les comptes faits, s'éleva à 20 830,79 F. Le mobilier et le matériel des anciennes classes fut provisoirement réutilisé, sauf un poêle remplacé par M. CHATENOUD, marchand de fer à FRANGY, pour le prix de 50 francs.

 

 

Après la construction de l'école.

Le 19 mai 1872, comptant sur une subvention de l'Etat, promise, le conseil prend cette importante décision : « ... il y a lieu que la commune s'impose pour l'établissement de la gratuité absolue de l'instruction primaire dans la commune ». L'année suivante cette subvention n'étant pas accordée un taux de rétribution scolaire est appliqué aux enfants forains c'est-à-dire ceux dont la famille est étrangère à la commune, soit 1,50 F par mois 10 F par abonnement. Le conseil précise que lorsqu'il a voté la gratuité, il comptait sur la subvention de l'état et rappelle que le traitement des enseignants n'est formé que par une imposition de centimes additionnels.

La subvention fait encore défaut en 1874, ce qui amène l'assemblée communale  à prendre cette délibération : «... Considérant que le conseil (a) voté l'imposition de trois centimes spéciaux et des quatre centimes extraordinaires, conditions exigées pour que les communes qui ont voté la gratuité puissent bénéficier de la subvention de l'Etat, s'étonne que cette dernière soit refusée à la commune de CHILLY... Le conseil réitère sa demande et prie Monsieur le Préfet de lui donner une suite favorable. »

Ce sera fait en 1875, année où des travaux exécutés à l'école des filles de COUCY et payés avec le montant de deux legs fait à la commune par Jean-Marie DE LAVENAY, 800 F et par sa sœur Marie DE LAVENAY, 400 F ainsi que par une souscription qui rapporta 776 F. Les plans et les devis des travaux avaient été dressés par M. METRAL, instituteur au chef-lieu, secrétaire de mairie et le travail effectué par Marie GRILLON  du chef-lieu.

En 1875, Marie DE LAVENAY avait déjà légué de bienfaisance une somme de 400 F dont les intérêts seraient destinés en prix aux meilleurs élèves de l'école de garçons de MOUGNY et de l'école de filles de COUCY, soit 10F pour chaque école.

La gratuité à l'école n'était plis absolue en 1879 puisque le 11 mai le conseil municipal constate «  que le taux de l'entrée des élèves en classe est insuffisant à 80 centimes pour chauffer les locaux... ; il restera fixé à 80 centimes mais sera payé par tous les élèves... », même de famille de pauvre ; d'autre part désormais, la craie, les balais arrosoirs et autres ustensiles nécessaires aux écoles seront achetés par les élèves. Les prix aux élèves méritants de COUCY et de MOUGNY sont aussi supprimés, l'argent sera employé au paiement de la palissade du jardin de l'institutrice de COUCY.

Dans le même temps on envisage à MENTHONNEX la création d'une école primaire à MORTAIRY laquelle pourrait recevoir les enfants de MANNECY, ce qui n'est pas pour déplaire à leurs parents, mais la municipalité de CHILLY y est hostile ; Elle ne fait cependant pas opposition si cette école est créée uniquement pour les enfants de MORTAIRY.

En 1888, le 13 février, dans une délibération, le conseil municipal déclare que «  l'application de la loi du 30 octobre 1886 pour ce qui concerne la laïcisation de l'enseignement primaire ne se fait pas sentir d'une manière immédiate à CHILLY en raison de l'état d'esprit du conseil et surtout de la majorité de la population qui est hostile à la mesure. (...) L'enseignement donné dans les écoles communales par les institutrices congréganistes a d'ailleurs répondu jusqu'à présent à la satisfaction générale. » Elles resteront à CHILLY jusqu'en 1903.

Dans la séance du 8 décembre 1901 du conseil municipal, le maire « ... rappelle que tous les locaux scolaires de la commune sont en très mauvais état, ils seront bientôt inhabitables ; En outre, ils sont insuffisants, les écoles du chef-lieu n'ont que deux salles pour quatre classes avec un total de150 élèves (...) La situation n'est pas meilleure pour les écoles de MOUGNY et de COUCY. » En conséquence le conseil demande :

1)      La construction d'un groupe scolaire à 4 classes au chef-lieu sur l'emplacement occupé par les bâtiments scolaires actuels ;

2)     La construction d'un groupe scolaire à deux classes sur le terrain appartenant aux frères GEORGES (François et Félicien), situé entre les hameaux de COUCY et de MOUGNY. »

M. RAILLON, architecte à ANNECY est chargé d'établir les plans et devis. La dépense prévue est de 80 724,17 F dont 54 086,54 F pour l'école du chef-lieu et de 26 637,37 F pour celle de COUCY et MOUGNY, la subvention de l'Etat sera de 80% soit la somme de 64 509 F. Pour compléter le conseil vote un emprunt de 16 215 F remboursable en 30 ans auprès de la Caisse Nationale des retraites aux taux de 5,65% et une imposition annuelle de 916,45 F soit environ 33 centimes additionnels.

A l'adjudication au printemps 1905, l'entrepreneur qui enleva les travaux se nommait BATIER. Pendant la durée de ces travaux des locaux furent loués à Mrs Jules et François DUSONCHET pour la tenue des classes du chef-lieu et à M. Joseph COISSARD pour le logement de l'instituteur et l'institutrice.

Le 25 novembre 1908 eut lieu la réception définitive des travaux. En dépenses supplémentaires il y eut :

Acquisition de l'emplacement du groupe scolaire de COUCY-MOUGNY et divers 6 923,60 F

Construction de deux hangars 2 664,03 F

Construction d'une salle pour cantine scolaire 2 168,62 F

Soit un total de              11 756,25 F

La création  de la cantine au chef-lieu dans la salle aménagée à cet effet (le bûcher actuel) fut décidée le 24 novembre 1907.

Elle cessa de fonctionner pendant la première guerre mondiale. Cette guerre coûta la vie à l'instituteur de CHILLY (chef-lieu) Claude ABRY, né à BOUSSY ; Parti à la mobilisation il fut tué dans l'OISE en 1915 à l'âge de 37 ans. Entre M. METRAL, déjà mentionné et M.ABRY, furent directeur du groupe scolaire du chef-lieu et secrétaire de mairie Mrs Marie François GUEVIN de 1887 à 1901 et Claudius LOMBARD de 1901 à 1913, ensuite ce fut M. Auguste CRUZ qui fut lui aussi secrétaire de mairie.

En 1922 une classe enfantine fut supprimé, dans la salle devenue libre où fonctionne actuellement la cantine, on envisagea en 1925, y établir un bureau de poste.

 L'année suivante en 1926 devant la menace de la fermeture d'une nouvelle classe le conseil prend, le 28 mars cette délibération : « Considérant que les écoles du chef-lieu sont actuellement fréquentées par 70 élèves d'âge scolaire, que la suppression envisagée amènerait la répartition des élèves entre l'école des garçons qui aurait de ce fait 34 élèves et l'école des filles qui en aurait 36, qu'une dizaine de jeunes enfants de moins de six ans devraient renvoyés, que depuis très longtemps les habitants envoient les enfants à l'école dès l'âge de quatre ou cinq ans et seraient forts mécontents de ne plus pouvoir le faire, en été surtout. Considérant que la commune de CHILLY à déjà vu après guerre la suppression de l'adjoint à l'école des garçons, pour ces motifs le Conseil s'élève contre la suppression projetée et demande avec insistance le maintien de l'école enfantine ; Ce faisant il estime ne pas demander une faveur mais simplement l'équité. » La classe fut maintenue.

Arrivons en 1937 où une autre délibération du conseil du 21 février nous apprend que Mme TISSOT, ancienne institutrice à COUCY-MOUGNY, en retraite à ANNECY « en souvenir et pour accomplir le désir de M ; TISSOT Louis son mari décédé qui a exercé pendant 30 ans les fonctions d'instituteur à CHILLY, hameau de COUCY-MOUGNY, elle se propose de faire don à la commune de CHILLY d'une somme de mille francs... et dont les arrérages  serviraient de récompense annuelle à deux élèves, garçon ou fille de l'école de COUCY-MOUGNY, ayant totalisé le plus de points à l'examen du C.E.P. Le conseil adresse ses chaleureux remerciements à Mme TISSOT... ».

En 1937, M CRUZ allait bientôt prendre une retraite bien méritée. Quelques années après ce fut M ; Henri COCHAUD qui fut instituteur et puis secrétaire de mairie. Il partit de CHILLY en 1959 pour aller enseigner à ANNECY dans un lycée. Vers 1950 les institutrices au chef-lieu étaient Mlles ROTHONOD et MAZZIA. Depuis, ce qui intéresse nos écoles, est je crois, bien connu sans qu'il soit besoin de les relater.