COMMENT S’EST FORME LE SOL DE CHILLY

(extrait du bulletin municipal de 1977)

 

Chers amis, qui d'entre nous ne s'est arrêté maintes fois pour contempler le magnifique panorama qui s'offre à nos regards de n'importe quel point de Chilly que nous nous trouvions ? Que ce soit en « aval des bois : dava les boës « , ou en « amont des bois : damo los boês » quelle magnifique dentelure dessinent ces monts et ces montagnes autour de notre horizon.

N'avons nous pas aussi pris plaisir à admirer le relief varié du sol de notre commune : ses mamelons boisés d'essences si diverses, le puzzle de ses champs quelques-uns étalés en terrains relativement plats, la plupart accrochés au flanc de ses petits coteaux dont plusieurs finissent en ravins et au fond desquels, sous la feuillée, murmurent de discrets ruisseaux.

Emerveillés, nous nous demandons comment ont surgi ces géants de pierre  qui nous entourent, comment s'est formé le sol de Chilly.

Les manuels de géologie donnent une réponse à la première question, quant à la seconde essayons d'y répondre sans prétention, en se référant à ce que disent les géologues concernant notre région.

Tout d'abord il n'est peut être pas inutile de rappeler, pour plus de compréhension, que les savants divisent le temps géologique en ères et périodes auxquelles ils attribuent des durées qui nous font plonger dans l'abîme du temps à des profondeurs à nous donner le vertige.

            Ce sont :

  • 1. les temps primitifs : 4 milliards d'années.
  • 2. L'ère primaire : 300 millions d'années, divisée en six périodes : cambrienne, ordovicienne, silurienne, dévonienne, carboniférienne et permienne.
  • 3. L'ère secondaire : 150 millions d'années (triasique, jurassique, crétacée).
  • 4. L'ère tertiaire : 60 millions d'années (éocène, oligocène, miocène, pliocène).

L'ère quaternaire : 2 à 3 millions d'années (pléistocène, holocène).



LES TEMPS PRIMITIFS

Les savants admettent que pendant les temps primitifs la terre n'était d'abord qu'une masse fluide, puis par refroidissement une croute a séparé les matières en fusion de l'intérieur du globe de l'atmosphère ; les vapeurs d'eau se sont condensées et ont formé une mer universelle. D'énormes dépressions se produisant les eaux s'y rassemblèrent : il y eut alors des continents et des mers qui ne sont pas les mers et les continents d'aujourd'hui.



ERE PRIMAIRE

            Les mers chargées de matériaux les déposèrent peu à peu ce qui forma le gneiss, le granit, le marbre, l'ardoise.

            Pendant les temps primitifs la terre était encore trop chaude  pour que des êtres puissent y vivre ; c'est au cours de l'ère primaire qu'apparaissent les mollusques, puis des poissons et des reptiles ; la période carbonifère est marquée par l'existence de végétaux gigantesques qui formeront la houille.

            A la fin de cette ère le Mont-Blanc émerge déjà un peu au dessus des eaux mais Chilly comme le reste de la Haute-Savoie restent noyés à des profondeurs plus ou moins grandes.



ERE SECONDAIRE

            La mer s'étant en partie retirée le pays se creuse de bassins peu profonds à l'époque du trias ; mais pendant une partie de l'époque jurassique elle couvrira à nouveau toute la Haute-Savoie.

            Les boues que la mer a stratifiées à l'époque crétacée forment les roches calcaires urgoniennes de Serrasson, des Douattes, Du Mont de Musièges ; dans leurs parties poreuses elles s'imprègneront plus tard d'hydrocarbure - autrement dit d'asphalte- apportés par des sédiments de l'époque oligocène.

            Ces roches asphaltiques ont été exploitées au siècle dernier prés du pont des Douattes sur le territoire de Chilly.



ERE TERTIAIRE

Des poussées dues au feu central font surgir pendant l'éocène tous les sommets des Alpes encore immergés et provoquent des plissements de terrain gigantesques.

            La mer qui recouvre encore une partie du pays dépose à l'époque de l'oligocène des sédiments qui forment le grés tendre que nous appelons mollasse et les savants aquitanien.

            Un réchauffement du climat fait apparaître la faune et la flore des pays chauds : tandis que Chilly reste le domaine des poissons, sur les flancs du Salève et du Vuache des crocodiles et des rhinocéros s'ébattent sous les palmiers et les canneliers.

La période du pliocène va apporter de grands changements : de nouvelles et formidables poussées internes qui avaient déjà  fait surgir les monts voisins disloquent et redressent les couches de mollasse ; le sud du sol de Chilly se surélève tandis qu'apparaissent le mamelon ente Chez-Grillon et Mannecy, les hauteurs entre Coucy-Mougny et Curnillex-Chatelard, crêt Collaret, les Grands-Champs et le crêt de Charmond. Tous ces lieux émergent peut-être aussi Chez-Cagnoux et le Mont, mais tout le reste de notre territoire reste sous l'eau. Alors également durent  se dessiner les vallées des Usses et de la Morge.

Vers la fin de l'ère tertiaire, toujours sous l'effet du au feu central les Alpes s'élevant plus haut quelles ne le sont aujourd'hui, nous disent encore les savants, il se forma d'immenses glaciers dont l'un couvrant toute la Suisse et atteignant par endroit    1 000 mètres d'épaisseur, enserrait le Vuache jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, débordait jusque chez nous et finissait aux abords de Lyon.

            Ces glaciers ont amené une grande quantité de cailloux et de blocs de granit. (« Le Gros Caillou », en haut de la Croix Rousse à Lyon, transporté sur le dos d'un glacier provient des Alpes.)

            Ces blocs dits «erratiques » ont été pour la plupart exploités au cours des siècles comme matériaux pour la construction.

Il ne fait guère de doute que Chilly, le bas du moins, ait été recouvert par un glacier ; c'est probablement un bloc erratique qui a donné son nom au lieu-dit « Champ de la Pierre » prés de Planaise ; la même dénomination désignait au début du  20ème siècle un champ au dessus de Novéry ; un autre de ces blocs existait encore il y a une trentaine d'années (depuis 1977) entre la route de Botilly et Lacry-en-Bas à une quarantaine de mètres du ruisseau ; les champs proches sont appelés « Champs du Rocher ». Il devait également s'en trouver près de la Corbière ; le lieu-dit « La Perrière » semblerait en témoigner ; probablement est-ce aussi en bordure du plateau prés du lieu-dit précité, au dessus de Botilly que furent déposés les blocs qui roulèrent ensuite dans le ruisseau proche où ils sont encore : l'un appelé « Pierre aux Fées » accuse un volume d'environ 16 mètres cubes.

            C'est très certainement aussi sous la masse d'un glacier que s 'est déposé et tassé ce culot à prédominance d'argile qui forme ce que l'on peut appeler le plateau de Chilly entre Bossy et Sallenove. Ailleurs dans la commune on trouve généralement un sol formé de silice et de débris de mollasse désagrégés entraînés par les eaux, ce qui, par ailleurs explique que dans les lieux boisés, le châtaignier, spécifique de ce genre de terrain y soit abondant.

Après des extensions et des retraits successifs qui ont marqué la fin de l'ère tertiaire et le début de l'ère quaternaire les glaciers se sont complètement retirés, principalement sous l'influence du Gulf Stream, courant chaud qui se déverse dans l'Atlantique depuis la surrection de l'isthme de Panama.



ERE QUATERNAIRE

La fonte des glaciers s'est accompagnée d'une période de pluie si abondante que les savants la désignent sous le nom de période diluvienne. Ces énormes quantités d'eau par un ruissèlement intense ont approfondi les vallées et amoncelé par endroits des tas de sable et de gravier. C'est sûrement alors que durent se creuser les ravins des Mollaies, de la Morge et ceux qui séparent entre eux plusieurs de nos hameaux et aussi se former les gravières de Champ-Froid, des Esserts, de Curnillex.

            L'ère quaternaire voit se terminer les grands bouleversements géologiques, se fixer le climat actuel et s'installer définitivement la faune et la flore de nos jours.

L'homme, apparu sur terre peut-être vers la fin de l'ère précédente, se manifeste dans nos régions à l'époque du pléistocène qui correspond à l'âge de la pierre taillée ; il s'abrite dans des grottes et se confectionne des instruments et des armes en silex et en os d'animaux : c'est le début de la préhistoire. 



CHILLY DU TEMPS DE LA PRÉHISTOIRE

   Quand le sol de Chilly et de la contrée fut-il foulé pour la première fois par des êtres humains ?
   Une réponse précise est bien sûr impossible ; cependant, les savants pensent que cet événement se produisit lorsque les grands glaciers de l'ère quaternaire commencèrent à se retirer, c'est-à-dire, il y a environ douze mille ans. Ce fut pour nous le début des temps préhistoriques qui se divisent en quatre grandes périodes :
   - l'Age de la pierre taillée ou paléolithique ;
   - l'Age de la pierre polie ou néolithique ;
   - l'Age de bronze ;
   - l'Age de fer.

   Aspect du paysage de Chilly. Ce ne fut certainement pas celui d'aujourd'hui qui s'offrit à la vue des premiers hommes qui arrivèrent dans le pays. Les lieux où la molasse est actuellement à une faible profondeur, mamelon entre chez Grillon et Mannecy, hauteur séparant Curnillex de Coucy et Mougny devaient être complètement dénudés; quand au sol compact à prédominance argileuse  constituant le "plateau" entre Quincy et Planaise, il ne pouvait produire qu'une maigre végétation ;  ailleurs c'était la forêt clairsemée. Ce n'est qu'au cours des millénaires qui suivront qu'une couche plus fertile se formera provenant des débris et des restes de la flore et de la faune existante décomposés sur place ou apportés par le vent et les eaux de ruissellement. La forêt verdoyante deviendra plus dense et s'étendra presque partout.

Les Ages de la pierre
Les hommes habitèrent longtemps des grottes ou des cavernes, d'où pour ceux du paléolithique leur nom de magdaléniens donné en référence à ceux qui vivaient dans les grottes de la Madeleine en Dordogne .
   Au Vuache, au Malpas, on a trouvé de nombreux vestiges laissés par ces populations primitives : haches et pointes de flèches en silex, débris de poterie, ossements d'animaux et même humains. Aux Douattes, aux confins de Musièges et de Chilly, des découvertes intéressantes ont également été faites. Sous un avancement de rocher des chercheurs ont mis à jour, en 1931 à des niveaux différents, une grande quantité de restes. Le niveau le plus bas (70 cm) et celui immédiatement au-dessus estimés magdaléniens livrèrent du charbon sous forme de bois brûlé, des cendres, des ossements, un outillage abondant en silex dont une grande lame retouchée, quelques objets en os et en bois de renne et quelques objets de parure. A un niveau classé néolithique se trouvaient des fragments de poterie assez grossière à filet en relief, des pointes de silex lancéolées, des ossements d'animaux ainsi que deux débris humains : un fragment d'os crânien et une phalange. Ces deux ossements sont brulés comme au Malpas, ce qui indiquerait un rite d'incinération. Enfin, au premier niveau fouillé (30 cm de la surface), mélangé avec des silex de la poterie grossière qui appartiendrait à l'Age du bronze.
   Quelles étaient les occupations des hommes qui ont séjourné aux Douattes? La pêche, la cueillette de plantes et fruits sauvages comestibles, la fabrication de leur outillage lithique, la confection de leur vêtements en peau prenaient une partie du temps, mais leur activité principale était la chasse. Ils venaient sur le territoire de Chilly et autres lieux voisins de leur abri chasser pendant le paléolithique, la marmotte, le cerf, l'élan, le renne, le cheval sauvage, le lagopède (poule des montagnes). Ces espèces, suivies par leurs chasseurs, étaient déjà parties vers le nord-est lorsque, le climat devenu plus tempéré, les grands glaciers s'étaient définitivement retirés. La faune de notre temps ayant dans son ensemble fait progressivement son apparition, elle fournit le gibier à de nouveaux venus. Ce changement de faune est confirmé par les divers ossements trouvés aux Douattes, examinés par des paléontologues.
   Aux chasseurs des cavernes succéda une race de pasteurs qui sillonnaient le pays à la suite de leurs troupeaux à demi-sauvage et qui s'abritaient sous des tentes faites de peaux de bêtes. Puis, progressivement, l'homme abandonna son ètat de nomade et se livra à l'agriculture.
   Les néolithiques ont moins le sentiment des arts que leurs devanciers dont on a retrouvé, notamment au Salève, de magnifiques bois de cerf sculptés, mais leur industrie est plus évoluée, la plupart de leurs outils ne sont plus en pierres éclatées mais polies, ils connaissent la céramique façonnée grossièrement il est vrai, et ils ont le culte des morts en l'honneur desquels ils élèvent des monuments mégalithiques comme le dolmen de Reignier.
   Nos lointains ancêtres des âges de la pierre laissaient parfois un témoignage isolé de leur présence : ainsi à Mésigny, on a déterré en novembre 1876, à la Bovière, entre Chosal et le Nant de la Motte , une belle hâche en serpentine; de même à Clermont a été retrouvée une hache rappelant l'herminette des charpentiers, également en serpentine. (On sait que cette pierre est tachetée comme la peau d'un serpent).

L'Age de bronze
Après la découverte des métaux qui leur permirent de préparer le bronze, l'homme fabriqua d'abord des instruments sur le modèle des âges précédents; par la suite, il leur donna des formes plus variées, il en fit des armes, des outils, des ornements comme ceux trouvés à Rumilly (une belle lame d'épée), à Vallières (une hache à aileron), à Sillingy (une faucille), à Seyssel (des bracelets).

L'agriculture préhistorique
Il est probable que durant la dernière période du néolithique quelques familles s'étaient fixées sur le sol de Chilly où des huttes leurs servaient d'habitation. L'homme avait alors domestiqué des animaux et faisait un peu de culture dans des clairières de la forêt défrichée tant bien que mal. Culture bien rudimentaire, car n'oublions pas que le premier instrument aratoire fut une pierre, la première charrue une branche d'arbre façonnée avec un silex et que le terrain
recherché n'était pas le meilleur, mais le plus léger, facile à travailler. Cette agriculture primitive progressera lorsque l'on utilisera le bronze, les outils seront plus efficaces, l'araire donnera de meilleurs labours, la faucille facilitera la moisson. L'usage des instruments en fer inaugurera de nouveaux progrès, les déboisements augmenteront les surfaces cultivables.

L'Age de fer
Le grand événement de l'Age du fer dans notre région est l'arrivée des Allobroges venus d'outre-Rhin vers le IVème ou le Vème siècle avant notre ère. (En Celte, Allobroge veut dire : "ceux qui sont venus d'un autre pays"). Cette tribu belliqueuse dont on a retrouvé des monnaies à Seyssel et à Sillingy et qui s'étendra sur la Savoie et une partie du Dauphiné, a laissé des vestiges, de vastes camps retranchés comme les remparts du Petit Salève. Peut être aussi que les vestiges de
maçonnerie et le puits, imposant par ses dimensions et quelque peu mystérieux par les légendes qui s'y rapportent, au sommet du Mont de Musiège, sont les restes d'un "oppida" (lieu fortifié), allobroge : des débris de poterie trouvés récemment à proximité remonteraient à l'Age de fer .
   Ces allobroges, rudes guerriers "qui vont défendre les passages des Alpes" contre Annibal, sans succès, et se heurter aux armées romaines pour défendre leur indépendance, mais finalement succomber sous le poids des conquérants, nous font entrer dans les temps historiques.



L'ORGANISATION MUNICIPALE A TRAVERS LES SIECLES

Un peu d' histoire
Les communes actuelles sont-elles encore autonomes ?
Les communauté de communes jouent un rôle important. Suivons l'évolution depuis l' origine .

Les vicus

Pendant l'occupation romaine les vicus, gros bourg à caractère urbain avaient une organisation municipale propre, comme BOUTAE entre ANNECY et ANNECY-LE-VIEUX .
Peut être aussi CONDATE, cité fluviale au confluent du Fier et du Rhône. Ces organisations disparurent avec les invasions des IIe et IVe siècles. BOUTAE sera brûlé par les ALAMANS vers l'an 300, tandis que CONDATE disparaîtra et que SEYSSEL s'élèvera un peu en amont.

Les paroisses

Les historiens qui ont ètudié l'antiquité nous disent que c'est pendant l'époque romaine que se constituèrent les grandes propriétés désignées par le nom de leur possesseur; par la suite ce nom aurait été généralement donné au territoire avoisinant qui a formé la paroisse .
C'est comme ça que le nom du domaine SILIACUM deviendra successivement CHILLIE, CHILLIER et CHILLY.
... CHILLY est désormais une des 524 paroisses de l'immense diocèse de GENEVE.

Il faudra cependant attendre le XIe siècle pour connaitre deux faits authentiques concernant CHILLY. Le premier a trait au couvent de religieuses de CHAMARANDE, qui aurait été fondé vers l'an 800 par un seigneur de NOVERY; vers la fin du siècle suivant ces religieuses furent transférées à BONLIEU-SOUS-SALLENOVE.

Le comte de SAVOIE AMEDEE VIII, qui prit le titre de duc après l'achat du Comté de GENEVE ( pour 40 000 écus ), réorganisa les communautés par ses célèbres « Statuts de Savoie », en 1430. Il y eut alors dans chaque paroisse rurale une municipalité composée de deux syndics et de plusieurs conseillers élus par les chefs de famille. Ces statuts donnaient aussi plus d'indépendance vis-à-vis des seigneurs.

En 1725, VICTOR AMEDEE III, qui douze auparavant avait laissé le titre de duc pour celui de roi, promulga les « Royales Constitutions »; son fils CHARLES ALBERT les compléta en 1738 par un « Règlement » qui donnait aux communautés une existence civile et modifiait la composition des municipalités; il n'y eu plus que un seul syndic et des conseillers choisis par les communiers. Une autre innovation fut la création d'un secrétariat communal. Les secrétaires, qui devaient être notaires étaient nommés par l'intendant.
Les communes _ C'est la constituante qui créa réellement les communes tout en leur conservant le cadre de la paroisse. La loi uniformisa leur administration et leurs attributions; auparavant, des régimes d'autonomie, des privilèges différaient selon les communes.

En 1860, la SAVOIE à nouveau française, le Conseil se composa du maire et d'un adjoint nommés par le préfet et de conseillers élus au suffrage universel.